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22.03.2007

Ruquier digne successeur d'Ardisson et indigne promoteur du livre

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Une nouvelle me permet d'aborder cette question d'une manière réactualisée par rapport à mon livre, qui date d'avril 2006, et sur le blog duquel vous vous trouvez. Cette nouvelle, la voici :
"Dans le dernier numéro en date de TV Hebdo, Laurent Ruquier réagit à l'organisation par France 5 de "La nuit du livre". Ce soir. Emission où il n'officie pas alors qu'il est à France télévisions.
Ca lui est égal dit-il, en ajoutant que "nous sommes toujours regardés de haut par ce petit groupe élitiste ayant l'impression de tout décider dans Paris". La province existe aussi, rappelle-t-il. "Et pas que ceux qui connaissent le nom de Frédéric Lerney".
On a tout essayé serait l'émission qui incite le plus à acheter un livre, selon les éditeurs. L'effet coup d'accélérateur sur les ventes serait immédiat."
Source : TVNews d'aujourd'hui

Tout le monde en parle de Thierry Ardisson était déjà l'émission qui incitait le plus à acheter un livre, et avant elle Apostrophes de Bernard Pivot. Or la polémique existe depuis Apostrophes, Régis Debray ayant reproché en 1982 à l'émission de Bernard Pivot d'avoir, je cite, "le monopole à la fois du choix des titres et du choix des auteurs, accordé finalement à l'arbitraire d'un seul homme. Et qui exerce une véritable dictature sur le marché du livre."

Pivot avait répondu, à juste titre, qu'il trouvait choquant que M. Debray, alors qu'il était conseiller à l'Elysée, puisse se permettre une telle déclaration, faisant croire à un retour du politique dans la gestion de la télévision, d'une part. D'autre part, l'emploi des mots "monopole", "arbitraire" et "dictature" étaient non seulement faux mais outrageants.
Là où Régis Debray n'avait pas tort, c'est qu'il était le premier à stigmatiser ce pouvoir immense dont disposait M. Pivot, qui est le même que celui dont a disposé M. Ardisson et dont dispose aujourd'hui M. Ruquier, à savoir faire la pluie et le beau temps sur le marché du livre. Evidemment, la critique est uniquement légitime car il s'agit d'émissions du service public, et que les livres choisis par ces trois hommes ne sont forcément pas ceux qui méritent le plus de bénéficier d'une telle publicité.

Je ne possède évidemment pas de solution miracle, et je dois d'ailleurs ajouter, à la décharge de M. Pivot, que les livres dont il assurait la promotion étaient d'une autre qualité littéraire que ceux dont Ardisson hier, et Ruquier aujourd'hui, assurent les ventes. Mais la problématique, pour ne pas dire la polémique, demeure.
Il s'est créé en trente ans une véritable industrie de la connivence entre les plus gros éditeurs et les chaînes de la télévision publique, l'influence considérable de la télévision n'épargnant pas la production littéraire, de telle sorte qu'aujourd'hui M. Ruquier invite un auteur de la qualité de ceux qui étaient reçus dans Apostrophes pour cent "auteurs" d'autobiographies people, de livres trash ou ayant été condamné pour plagiat par le passé (les lecteurs de ce blog et de mon livre auront deviné de qui je parle).

Bref, il y a une totale collusion d'intérêts, qui a apparemment échappé à tous les candidats à la présidentielle, et notamment à M. Bayrou, qui se fait pourtant fort de dénoncer les dérives de la collusion d'intérêt entre télévision privée et intérêts privés. Ce ne doit pas être un sujet suffisamment politiquement correct pour lui.

En tout cas il va bien falloir, à la suite de Régis Debray et si possible d'une manière plus élégante et surtout plus efficace, qu'un homme ou une femme politique digne de ce nom se positionne très clairement sur la question, qui n'est d'ailleurs pas la seule quand on aborde la question de la télévision publique. Certains proposent par exemple qu'une chaîne, France 4 par exemple, soit entièrement consacrée à toutes les productions littéraires, musicales et artistiques qu'on ne voit nulle part ailleurs, justement pour cause de collusion d'intérêt ou de politiquement incorrect (tout en restant dans la légalité). Une chaîne à laquelle participerait massivement le peuple, avec l'aide des nouvelles technologies ou plus directement, mais je ne pense pas là aux simulacres de démocratie que sont les SMS et autres "tapez 1 pour éliminer Loana", qui ne sont que des moyens hypocrites pour les chaînes de récupérer de l'argent sur le dos des contribuables qui paient déjà la redevance, faut-il le rappeler.

C'est donc un énième cri de colère, comme vous en avez pris l'habitude, et c'est bien dommage, car cette situation perdure depuis trop longtemps dans notre pays et le fossé qui sépare notre élite médiatico-politique du peuple ne pourra pas s'étendre éternellement. Il arrive un moment où le fossé fait place au tremblement de terre.

Quand je lis Laurent Ruquier oser affirmer : "nous sommes toujours regardés de haut par ce petit groupe élitiste ayant l'impression de tout décider dans Paris", j'ai envie de me dire que ce garçon est soit complètement idiot, soit complètement inconscient. Comment imaginer qu'il n'imagine pas être l'un des tous premiers membres de ce "petit groupe élitiste" ? J'avoue ne pas y croire, mais c'est sans doute son côté "de gauche" qui remonte, lui qui n'acceptera apparemment jamais de faire partie de ceux qui écrasent le petit peuple par ses décisions.
Dormez, bonnes gens, on s'occupe de tout, dormez bien.

Attention au réveil, cher Laurent Ruquier, attention au réveil, il pourrait être aussi brutal qu'imprévu.

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