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22.09.2006

J'ai lu "La face visible de l'homme en noir"...

medium_face-visible.2.jpg... Et voici en avant-première mondiale mes impressions.

Tout d'abord, j'ai mis à peine 3 heures à le lire, car il est écrit (très) gros et contient peu d'informations (par comparaison, il m'avait fallu entre 6 et 8 heures pour lire "Ils ont tué la télé publique"). Mais ce n'est pas la quantité qui fait la qualité, j'en suis bien d'accord !
Ensuite, les auteurs ont eu la gentillesse, ou plutôt le professionnalisme, de citer mon livre en référence, une fois au sujet d'Ardisson en général (p. 19) et un autre au sujet de l'ampleur de son plagiat du livre "Pondichéry" (p. 191). Par contre, ils n'ont pas indiqué que Louis XX était aussi un plagiat (comme je l'ai révélé), ni noté que je n'avais pas été invité par Ardisson, pourtant chantre de la liberté d'expression et de Voltaire ("je mourrais pour que vous puissiez exprimer vos opinions, même si elles sont opposées aux miennes"), alors qu'ils ont noté que Fiametta Venner (auteure d'un livre corrosif sur Meyssan) et Anne-Sophie Mercier (auteure d'un livre à charge sur Dieudonné) n'avaient pas été invitées à Tout le monde en parle.

Plus globalement, "La face visible de l'homme en noir" est un livre "people", qui se concentre sur une seule personne (Ardisson) et une seule émission (Tout le monde en parle), alors que mon angle d'attaque est la télévision publique, sujet autrement plus important. Dès lors, des sujets aussi essentiels que les plagiats d'Ardisson, son influence sur le monde de l'édition, ses réseaux dans les médias ou encore ses rapports avec la télévision publique sont complètement occultés, ce qui donne l'impression de survoler le personnage ardisonnien.
D'autres thèmes, qui auraient pu être traité de par l'angle choisi, sont de même occultés : nulle favorisation de certains thèmes politiques selon les auteurs, pas plus que de défavorisation par l'homme en noir, sauf peut-être les plus expliqués dans la presse avant la parution de mon livre : la théorie du complot, le sexisme et la misogynie, l'homophobie, l'obsession des origines des invités, le néo-colonialisme, le goût pour la provocation et notamment les idées d'extrême-droite (tout en les condamnant).
Pas un mot sur les idées d'extrême-gauche, anti-américanisme primaire, mondialisme acharné (apologie du métissage et condamnation des frontières nationales), détestation affichée du libéralisme, autant d'idées qu'Ardisson a favorisées dans son show, à travers ses invités et/ou leur présentation. Pas un mot non plus sur le fait de défavoriser des idées plutôt classées à droite : libéralisme ("Au blind test, c'est le chacun pour sa gueule, comme dans le libéralisme" disait-il semaine après semaine), anti-islamisme, police, justice, autant de thèmes régulièrement tancés par Ardisson.
Le fait qu'un des journalistes travaille au Monde nous donne-t-il un indice sur cette orientation ? Assurément, les auteurs ont pris leur parti, au lieu d'analyser les faits tels qu'ils sont, comme j'ai essayé de le faire. A tel point qu'ils finissent par voir Ardisson tel qu'ils aimeraient le voir, et tel qu'il veut lui-même être vu : de droite. Je comprends donc mieux pourquoi Ardisson lui-même fait de la pub à ce livre, pour mieux enfoncer le mien. Or cela saute aux yeux que les idées qu'il favorise sont d'extrême-gauche caviar, comme je le démontre tout au long du livre, preuves (très nombreuses) à l'appui.
Mais les auteurs n'ont conservé que les exceptions qui confirment la règle, se cachant derrière l'expression désormais convenue : "nous avons visionné toutes les émissions de Tout le monde en parle". C'est bien la différence entre un journaliste indépendant et un journaliste du sérail : le premier enquête, le second survole et reprend les résultats des enquêtes des autres. Ainsi, j'ai été le premier, et encore à ce jour le seul, à enquêter réellement sur les frasques éditoriales d'Ardisson. Quant à ses exploits audiovisuels, notamment à Tout le monde en parle, il suffit de prendre comme je l'ai fait la liste des 1700 invités sur les cinq dernières années pour se rendre compte que des tendances sautent aux yeux : 3 fois plus d'invités de gauche que de droite, 3 fois plus de personnes défendant l'islam que de personnes le mettant en cause, 3 fois plus de personnes mettant en cause les USA que de personnes les défendant... Je pourrais continuer la liste, mais je l'ai déjà fait dans mon livre.

Donc, ce livre est un bon livre people pour les lecteurs qui aiment dépenser 18 euros pour 3h de lecture sans la moindre remise en question de leurs préjugés, et sans la moindre analyse de fond. Leur livre est exactement le produit de ce qu'Ardisson lui-même a produit avec son show : un livre-produit, qui se vend bien, mais qui ne contient rien.
Contrairement à mon livre, vous ne trouverez dans le leur aucune révélation, aucune analyse exhaustive, aucune interprétation déroutante qui aurait nécessité plusieurs dizaines de visionnages (je pense notamment à l'analyse du passage de Houellebecq à la rentrée 2005, que j'ai analysée je crois comme personne ne l'a encore fait). Vous y trouverez des anecdotes, de (longues) reprises d'extraits d'émission, qui montrent sans vraiment démontrer, à de rares exceptions près.
Livre-produit, une maison d'édition comme Stock sait le faire, mais elle ne sait faire que cela. A la Fnac où j'ai acheté le livre, une cinquantaine d'exemplaires étaient disponibles, avant tout jugement du public. La même Fnac en avait pris 5 du mien, soit dix fois moins. J'avais pourtant du stock ! Mais non, l'important n'est pas la qualité, comment la juger d'ailleurs, l'important c'est le plan média, c'est le fait qu'un des journalistes soit du Monde, et bénéficie donc à ce titre de la bienveillance du métier.
Nulle aigreur de ma part, simple réalisme. Mais je suis tout aussi réaliste sur la qualité des deux livres : même si le mien souffre d'un manque de construction propre au fait de n'avoir pas trouvé d'éditeur, il est le seul des deux à apporter des éléments nouveaux au débat, et à aller voir derrière les apparences. Daniel Schneidermann l'avait bien noté, on verra s'il se prononce sur ce nouveau livre. Pour celles et ceux qui ont pu lire mon livre, le seul chapitre "se cacher dans la lumière", où je décrypte une des leçons de manipulation que donne Ardisson, va beaucoup plus loin que toutes les "analyses" du livre qui vient de sortir.

Ce n'est que mon opinion, et je la partage comme dit l'autre, maintenant c'est à vous de vous faire la votre , si le coeur vous en dit.

Commentaires

C'est étonnant de voir dans un billet consacré à un autre livre quasiment un "je" toutes les deux phrases...

Ecrit par : Jacques | 19.10.2006