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25.05.2006
L'esprit Canal + reste à France Télévisions

Dans mon livre "Ils ont tué la télé publique", j'examine à la loupe les liens très forts qu'il existe entre France Télévisions et Canal +, ce qui fut une des découvertes de l'enquête. En effet, comment imaginer que la télévision de service public accorde une telle place à l'esprit Canal, de Jean-Luc Delarue à Marc-Olivier Fogiel (tous deux issus de Canal) en passant par Ardisson (qui invite 5 fois plus de personnalités de Canal que de toutes les chaînes de France Télévisions réunies).
Désormais, c'est officiel, Marc-Olivier Fogiel part pour M6, et démontre que le service public a hébergé pendant 6 ans un pur produit du privé (sa société, PAF productions, est d'ailleurs détenue par Endémol). Mais on ne se sépare pas d'un produit à l'esprit Canal sans en récupérer un autre aussitôt. Ainsi, on apprend maintenant tout aussi officiellement que Stéphane Bern rejoindra France 2 à la rentrée.
Vous ne connaissez pas Stéphane Bern ? Mais si voyons, le gars qui présentait "Sagas" sur TF1, avant de passer à Canal pour des talk-shows dignes de ceux d'Ardisson.
Bref, on sent que le service public n'est pas prêt de revivre à la télévision française. Assez amusant, c'est un monarchiste affirmé qui en remplace un autre, je me demande s'il faut voir là une coïncidence ou bien une volonté de ne pas heurter les bonnes habitudes.
En tout cas un événement récent me fait dire qu'on va désormais payer un gars à l'air sympathique, comme Ardisson, mais bien politiquement correct, comme Ardisson. Sur France Inter, où Bern travaille aussi, ce dernier s'est permis de censurer l'humoriste Didier Porte qui faisait un portrait acide, comme cela lui est demandé, de Jean-Pierre Pernaut. Oh, vous me direz que c'est son patron, Jean-Paul Cluzel, qui le lui a demandé, mais il aurait pu s'y opposer, après tout c'est son émission, et c'est le service public. Que nenni.
Il ne reste plus qu'à espérer qu'en plus Bern ne ramène pas dans ses valises sur le service public ce moins que rien de Stéphane Guillon, qui n'arrive pas à la cheville d'un Didier Porte par exemple (c'est sans doute pour cela que le premier est à la télé alors que le second est cantonné à la radio).Ce Mercato est symptômatique de l'état dans lequel se trouve France Télévisions. Si des animateurs peuvent passer aussi facilement du public au privé,
comme Franz-Olivier Giesbert était passé si facilement du Nouvel Obs au Figaro, puis au Point, c'est bien qu'il n'y a plus de différence entre public et privé, tout comme il n'y a plus de différence entre le Nouvel Obs, le Figaro et Le Point.Seule solution, qui constitue la conclusion de mon livre : vendre la télévision dite publique actuelle, et créer une chaîne d'Etat, qui porte le message de la France (culture, valeurs, puissance) et qui enquête sur les autres médias, comme Arrêt sur Images mais puissance 1000, afin de créer un équilibre des pouvoirs au sein même du monde médiatique.
Et en plus de tout cela, créer une instance de déontologie de la presse, dirigée à la fois par des politiques et des journalistes, pour sanctionner les abus et distinguer les modèles. Seul un Président de la trempe de De Gaulle aurait le courage et les moyens d'effectuer cette réforme indispensable, or je crains qu'à part Christian Blanc il n'y ait personne d'autre pour le faire en 2007.
11:50 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note


Commentaires
"Et en plus de tout cela, créer une instance de déontologie de la presse, dirigée à la fois par des politiques et des journalistes, pour sanctionner les abus et distinguer les modèles."
Distribuer les bons points... Qui va le faire ? Là je ne vous suis plus...
Le CSA n'est surtout pas un bon exemple à suivre.
Ecrit par : Jay | 26.05.2006
Entièrement d'accord avec vous Jay, le CSA n'est pas mon modèle, d'ailleurs je ne l'invoque à aucun moment. C'est pourquoi j'appelle à la CREATION d'une autre instance, ayant des capacités de sanction et de distinction (ce que n'a pas le CSA).
Ecrit par : Jean Robin | 26.05.2006
Seul un Président de la trempe de De Gaulle aurait le courage et les moyens d'effectuer cette réforme indispensable
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On peut rire ?
Que vous soyez dans la volonté de contrer une certaine médiocrité ambiante et les copinages avérés des gens de télévision avec... c'est une chose que je conçois comme intéressante mais aller installer vos opinions politiques dans la foulée, je trouve ça quelque peu déplacé voir franchement grave.
Vous n'êtes finalement pas si différent d'un Ardisson. Le pouvoir en moins. Sans doute ce qui vous rend si hargneux.
Ecrit par : lili | 27.05.2006
Chère Lili,
Merci de ne pas me calomnier, sur mon propre blog qui plus est. Si pour vous De Gaulle n'est pas une référence morale, politique et française, il l'est pour moi, vous pourriez au moins respecter cela. Avez-vous seulement lu mon livre ?
Ecrit par : Jean Robin | 27.05.2006
Cher jean robin,
Je ne vous calomnie pas (vous allez vite en besogne), je suis simplement critique devant vos partis pris politiques qui de fait, dénaturent votre travail journalistique qu'on espérait "objectif".
Vous ne supportez pas la critique pour la traduire systématiquement en calomnie ? Je croyais pourtant au vue de vos écrits qu'elle faisait parti des choses de la pensée que vous aimiez à faire naître chez les autres...
Me serais-je trompée ? (ou aurais-je été trompée...)
Personnellement je n'aime pas de gaulle en effet.
J'aime évidemment son parcours de résistant, pour lequel il reste un exemple non contestable, mais au delà de tout ça l'homme politique ne me séduit pas.
En parlant de télé (puisque votre blog est consacré à ça), j'ai vu récemment un téléfilm sur lui qui montrait bien ses ambiguités politiques et ses dérives dictatoriales (je pense en particulier à "l'épisode" algérien).
L'avez-vous vu ? Et si oui, qu'en avez-vous pensé ?
Ecrit par : lili | 27.05.2006
Chère Lili,
Au vu de ce que je révèle sur Ardisson dans le livre, que vous n'avez apparemment pas lu, me comparer à lui relève en effet selon moi de la calomnie. Si vous voulez comprendre pourquoi, je ne peux que vous encourager à lire ce livre.
Par ailleurs, comme toute personnalité ayant marqué l'Histoire à jamais, De Gaulle est quelqu'un de complexe. Si vous voulez savoir ce que j'en pense, je vous renvoie à sa fiche personnalité que j'ai créée sur mon site Tatamis :
http://www.tatamis.info/medias/controle_citoyen/de_gaulle.htm
Sur l'Algérie, il faut quand même lui concéder l'indépendance de l'Algérie. Mais je n'ai pas vu ce téléfilm dont vous parlez, car je trouve idiotes les productions ayant pour ambition de vouloir faire d'une personnalité historique (Mitterrand, De Gaulle, Hitler, etc.) une fiction. C'est forcément trahir cette personnalité, donc je préfère m'en tenir à ses écrits, déclarations et autres actes dont il reste assez de traces pour pouvoir se faire sa propre opinion.
Ecrit par : Jean Robin | 27.05.2006
Personnellement, voir un film à la télé ne m'a jamais empêché de faire des recherches en parallèle afin d'établir une vision plus objective d'un sujet (historique ou autre).
Si on suit votre logique, il semblerait donc tout à fait idiot de ma part de lire votre livre sur Ardisson puisque forçément, en tant qu'écrivain, vous trahissez sa personnalité.
Je devrais donc me contenter de ses écrits à lui, de ses déclarations et de ses actes (dont il reste des traces en effet) pour pouvoir me faire ma propre opinion sur cet historique de la télé.
Ecrit par : lili | 28.05.2006
Chère Lili,
Désolé d'être aussi abrupt, mais vous mélangez deux concepts qui n'ont absolument rien à voir. A savoir la fiction, et l'enquête journalistique. Dans le 1er cas, le téléspectateur n'est pas en mesure de savoir en la regardant ce qui relève de la vérité historique, et ce qui relève de l'interprétation des auteurs et des acteurs de la fiction. Dans le 2nd cas, le lecteur est en mesure de faire cette distinction.
Et personnellement je ne crois pas au fait que les gens feraient, dans leur immense majorité, l'effort d'aller chercher les informations contradictoires ou complémentaires à ce qu'ils ont vu dans une fiction. C'est pourquoi une émission comme Arrêt sur Images joue totalement son rôle en analysant ce genre de fiction, c'est pourquoi des citoyens comme moi ont pris le temps pour les autres de visionner des centaines d'heures de programmes, afin d'en restituer leur analyse, qui reste criticable mais qui a une légitimité je crois supérieure à d'autres commentaires moins fondés sur la réalité. Après avoir visionné toutes ces émissions, et les avoir analysées (liste d'invités, déclarations des intéressés dans la presse, etc.) je suis devenu moins con, plus averti si vous préférez. En diffusant le fruit de mon travail, je permets à n'importe qui qui le souhaite de profiter de ce travail, et de devenir à son tour moins con. C'est mon avis, et je le partage ;)
Ecrit par : Jean Robin | 28.05.2006
Cher Jean Robin,
C'est en effet votre droit le plus légitime de partager votre avis ;) et je ne vous en tiendrai pas rigueur.
D'autant que je serais mal placée puisque moi-même, j'ai cette tendance naturelle qui consiste à penser que mon avis reste très certainement la chose la plus intéressante à partager sur cette terre ;).
Par ailleurs, je serai sans doute la dernière à critiquer votre démarche de remise en question des milieux de l'audiovisuel français (via Ardisson).
Je trouve évidemment ce genre de mise au point toujours intéressante et je n'ai absolument pas le désir de critiquer tout ça.
J'avais lu il y a quelques années un petit livret rouge sur la question des journalistes du paf (installés depuis trente ans dans le paysage français, usant de leur réseau d'amis pour régner sans partage de pouvoir et s'enrichir à coup de promotion de livre d'une émission de copain à une autre émission de copain)...
J'ai oublié le titre de ce livre (dont on a peu parler dans les média évidemment) mais, il m'avait particulièrement éclairé sur cette mafia journalistique agissante (ockrent, Elka.& co).
Par contre pour ce qui concerne les questions de la prétendue "objectivité" des enquèteurs journalistiques à ne pas confondre avec la démarche du scénariste qui elle, serait "subjective"...
Là, j'avoue ne plus vous suivre du tout !
L'objectivité n'existe absolument pas dès lors qu'on se met à raconter !
Il n'y a en effet chez les diseurs que des subjectivités !
Des vérités tronquées !
Soit, la subjectivité reste non avouée par les journalistes, contrairement aux scénaristes qui eux, assument leur subjectivité de manière ouverte. Mais ne nous y trompons pas...
Quel que soit le regard et l'impression qu'il donne, il reste construit sur un parti pris.
En aucun cas, le journaliste ne peut être le garant d'une impartialité conquise.
C'est justement ce que des magazines comme "Arrêt sur image" tente de nous faire comprendre et c'est, au passage, la première chose que l'on apprend dans les écoles de cinéma où les questionnements du Réel font parti du programme de base.
Un journaliste ne doit jamais être vu comme la garantie d'une objectivité et ce malgré ces dires.
Cette vision, que dis-je, ce mythe naïvement partagée par un très grand nombre aujourd'hui est très très néfaste et n'apporte que des dictatures de la pensée unique.
Nous le vérifions chaque jour puisque notre société est basé justement sur ce postulat absolument faux .
Ecrit par : lili | 28.05.2006
Entièrement d'accord avec vous Lili. C'est la raison pour laquelle je n'ai pas employé le terme "objectivité", terme derrière lequel se cachent bon nombre de journalistes (et aussi d'historiens, de sociologues, etc., la liste est longue) qui se croient au-dessus de la subjectivité qui est pourtant propre à chacun de nous.
Ecrit par : Jean Robin | 28.05.2006
"J'avais lu il y a quelques années un petit livret rouge sur la question des journalistes du paf...
J'ai oublié le titre de ce livre (dont on a peu parler dans les média évidemment) mais, il m'avait particulièrement éclairé sur cette mafia journalistique agissante (ockrent, Elka.& co)."
Je crois deviner qu'il s'agit de l'excellent ouvrage de Serge Halimi, les Nouveaux Chiens de Garde, dont on ne saurait trop recommander la saine lecture.
L'analyse concrète du réel à parti du réel est encore le meilleur moyen de démasquer les impostures.
Félicitations pour votre patient et salutaire travail Jean.
Puissiez vous susciter de nombreuses vocations !
"Une fois que l'on a réveillé la vérite, elle ne se rendort plus."
José Marti.
Ecrit par : camilio | 03.06.2006
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